Gilles Côtes auteur

La famille du lac

 

La série : À l’aube de sa mort, en 2002, Héléna Martel revisite les grands moments de sa vie du temps où elle habitait avec sa famille sur les bords

du lac Wayagamac, à l’est de La Tuque. Elle relit une dernière fois le manuscrit de ses mémoires, qui l’attendrissent, la réconfortent… et la hantent, aussi.

Qui se cache véritablement derrière cette vieille femme à l’apparence fragile et vulnérable ?

Fabi : Dans ce premier tome, Héléna se remémore son adolescence, en 1940, et particulièrement l’admiration intense qu’elle voue à sa grande soeur Fabi.

Elle aurait tant voulu être comme elle, une femme indépendante, avant-gardiste, farouchement décidée à vivre comme elle l’entend. Cette année-là est également celle de l’explosion nébuleuse d’un barrage sur le lac. Cause naturelle ? Main criminelle ? même si Héléna ne le comprend pas encore, cet incident aura un impact aussi important sur sa famille que sur les activités de la grosse papetière contrôlée par les Anglais. Il semblerait que certains membres du clan Martel aient des choses à cacher…

Une histoire poignante qui nous plonge dans l’atmosphère de la grande noirceur alors que les émotions déboulent au même rythme que les évènements !

 

Réf: Guy Saint-Jean éditeur.

393 pages, roman adulte.

 

 

 


EXTRAIT

Partie 1

 

À L’EST DE LA TUQUE,

LAC WAYAGAMAC, PRINTEMPS 1940

 

Chapitre premier

Fabi posa ses truites sur la rive entre deux pierres. Les doigts maculés de sang, elle tira le couteau de son étui. Elle prit le plus gros poisson d’une main ferme, ventre vers le haut. Sans hésiter, elle l’éventra de l’anus jusqu’aux ouïes. La femelle était remplie d’œufs. Elle planta son poignard dans la terre et, de ses doigts recourbés, arracha les entrailles. Elle projeta l’amas d’organes dans le lac. La loutre s’en régalerait. Puis elle gratta de son ongle tout le long de la colonne vertébrale en lavant la truite à l’eau claire. Elle fit de même pour les trois autres poissons. Elle réserverait celle avec le ventre rouge et rose pour Marie-Jeanne, notre mère. Nous prendrions les deux d’égale grosseur et la plus costaude irait à notre père, Aristide, qui avait déjà entamé sa dure journée de travail.


Ma sœur se rinça les mains et enfonça ses doigts dans le lit de petites roches arrondies. Elle les fit miroiter sous la lueur du jour. Ses perles de lac. Elle ne se lassait jamais de les regarder, de les caresser, de les déplacer. Comme le Wayagamac le faisait patiemment, jour après jour, depuis la nuit des temps.


Elle enfila les truites sur une branche d’aulne, les gueules béantes accolées l’une à l’autre. Elle trempa la brochette une dernière fois et récupéra son couteau. Déjà, elle voyait le nez rond de la presqu’île surgir de la brume. Un gros rocher noir qui entrait dans l’eau comme un dos d’hippopotame et se cassait brusquement sur une fosse profonde et sombre. Elle regarda longuement dans cette direction et s’attarda plus que de coutume. Sa chemise à carreaux battant sur son pantalon, ses cheveux bruns retenus sur la nuque par un peigne de bois, le pied posé sur un rocher comme une conquérante, ma sœur avait  fière allure. Elle était une icône pour la jeune femme que j’étais et qui ne connaissait rien du monde. Puis elle se retourna et me fit un signe de la main. Je vis sur son visage que quelque chose avait changé. Mais je ne savais pas encore jusqu’à quel point.

*

La graisse de porc rissolait dans le poêlon de fonte. Près de l’évier, les truites enfarinées et salées attendaient côte à côte. Marie-Jeanne s’activait dans son tablier brodé. De la table aux portes d’armoires, du vaisselier jusqu’au poêle à bois, la petite femme rayonnait dans son univers favori. Elle lançait des ordres à la ronde, Fabi, pour les bûches, Héléna, pour les couverts, mais il n’y avait plus personne pour les chambres ni pour le balai. Yvonne et Francis travaillaient à la ville. Lui à la laiterie, elle comme femme de ménage chez un contremaître de l’usine de papier. Ma sœur aînée n’était plus là pour me reprendre et m’encourager. Mon frère me manquait pour ses pitreries. La ville les avait pris et ne les rendrait pas. Yvonne avait sa chambre dans la belle maison des Paterson, sur la rue des Anglais, près de l’usine. Francis dormait chez Géraldine, la sœur préférée de ma mère.


Mon père tira la porte-moustiquaire, qui se rabattit d’un claquement. Il sentait la sueur et le copeau. Une odeur qu’il transportait avec lui à toute heure du jour. Dès l’aube, il fendait les rondins avec détermination. Une corvée qui s’étirait tout l’été, l’hiver étant réservé à abattre le bois debout. Jusqu’à l’automne, il trimait comme un forçat pour remplir notre réserve et celle du club.


Il actionna la pompe de l’évier, qui obéit dans un couinement familier. Après avoir frotté ses mains rudes sur le pain de savon, il s’essuya à même sa chemise. Puis il prit sa place habituelle au bout de la table.


Marie-Jeanne rajouta une motte de graisse sur sa platée de truites. Une bonne odeur de grillade envahit la petite maison de bois. Comme à l’habitude, le déjeuner était consistant. Nos journées étaient bien remplies et nous devions les affronter le ventre plein.


   - Tu dois avoir faim, mon homme, dit-elle en retournant les poissons, dont la peau dorée devenait croustillante.

   - Envoye, Marie-Jeanne. Ça presse ! Faut que j’aille porter du bois au camp numéro deux. Même en me dépêchant, m’a revenir à la noirceur.


Le camp numéro deux se trouvait tout au fond d’une baie, pas très loin du grand chalet principal que nous appelions pompeusement le pavillon. Pour s’y rendre, les gars du club avaient défriché un chemin assez large pour qu’une charrette puisse y passer. De notre maison, il y avait trois kilomètres, un ruisseau à traverser, une savane et un coteau à pic à franchir. Tout seul, mon père devrait trimer dur pour y transporter les bûches. J’espérais une invitation. Mes chances étaient minces, car Marie-Jeanne projetait de faire du pain.


Fabi entra avec une grosse brassée de bois, qu’elle déposa dans la boîte près du poêle.


   - Ça sent bon icitte ! Tu nous fais-tu des œufs avec ça, m’man ? J’ai faim.

Mon père n’aimait pas que ma sœur se comporte de cette façon, qu’elle demande comme un homme. Il lui jeta un regard noir. Son front protubérant se couvrit de rides que soulignaient des sourcils touffus.


  - Tu viens avec moé aujourd’hui. Tu vas m’aider pour le bois.

  - C’est ben correct, répondit-elle, en passant sa jambe par-dessus le dossier de la chaise, comme le lui avait appris Francis.


Elle me piqua un clin d’œil et un sourire dans le même mouvement. Je restai de glace par crainte d’une remarque cassante de la part d’Aristide.


   - J’les ai toutes pognées près du grand chicot. L’eau était comme un miroir, à matin. Pas de vent ! J’ai croisé la barge à moteur de monsieur Brown. Son frère, Matthew, s’en allait pêcher avec trois Américains au bout du lac. J’pense qu’ils sont arrivés tard hier soir. Ils avaient pas l’air trop réveillés.


Marie-Jeanne posa sur la table un grand plat rempli de truites et de patates bouillies. Elle accompagna le tout de pain et d’une omelette, qui dépassait le rebord du poêlon de fonte. Mon père se servit le premier, suivi de Marie-Jeanne et de Fabi. Je pris la dernière en salivant. Chacun mangea avec appétit, après qu’Aristide eut brièvement remercié le Seigneur pour le déjeuner.


Pendant plusieurs minutes, nous mastiquâmes en silence. Nous n’avions pas l’habitude de tenir de longues discussions durant les repas. Le nez dans nos assiettes, nous connaissions notre chance de manger à notre faim. Même si la guerre générait des emplois à la ville, tous n’en profitaient pas. Mais il nous semblait quand même que les pires années étaient derrière nous. Ces années de misère qui avaient suivi la crise de 1929. Si seulement le conflit dans les vieux pays pouvait ne pas s’éterniser. On parlait de conscription et nous avions peur pour Francis et pour Georges, mon frère aîné. Même si le gouvernement fédéral avait promis de ne pas l’imposer, la crainte persistait. Ce ne serait pas la première fois qu’un gouvernement briserait ses promesses. Georges en serait probablement dispensé, il voyait à peine d’un œil. Pour Francis, le boute-en-train, rien ne pourrait l’éviter. On préférait ne pas y penser.

 

Fabi fut la première à briser le silence.


   - Matthew Brown m’a offert de quoi, à matin.

   - Hein ! s’exclama Marie-Jeanne, surprise que le gérant de l’usine à papier interpelle sa fille.

   - Ben oui, il m’a offert une job !

On a parlé de La famille du lac

Les mille et un livres, blog    http://lesmilleetunlivreslm.over-blog.com/2017/02/la-famille-du-lac-tome-1.fabi-gilles-cotes-guy-saint-jean-editeur-par-lynda-massicotte.html

 

Le magazine Virage de Février 2017   " PLEINS FEUX SUR LE CLAN MARTEL. Vous serez immédiatement happé par ce roman historique poignant se déroulant durant la grande noirceur. Dans ce premier tome, Héléna Martel replonge dans son adolescence, en 1940, alors qu'elle voue une vive admiration à sa soeur Fabi et que se produit l'explosion nébuleuse d'un barrage sur le lac. cet incident aura un impact majeur sur sa famille et sur la grosse papetière contrôlée par les anglais." Sophie Gagnon.

 

Le journal de Québec et Montréal, 22 avril 2017      "INTRIGUES À LA TUQUE"

http://www.journaldemontreal.com/jm/archives/2017/04/22

"Après s’être fait connaître pour ses romans jeunesse publiés aux éditions Vents d’Ouest, Phoenix et de la Paix, Gilles Côtes fait une première incursion dans le roman adulte avec La famille du lac, une trilogie entraînant les lecteurs dans la région de La Tuque au cœur des années 1940...

Dans ce premier tome, Héléna se rappelle son adolescence dans les années 1940 et l’indépendance farouche de sa grande sœur Fabi. C’était aussi l’année de l’explosion d’un barrage sur le lac. Quelle en fut la cause? Cet incident a eu un impact sur toute la communauté et sur les activités d’une compagnie de pâtes et papiers contrôlée par les Anglais."

Gilles Côtes plonge ses lecteurs dans l’atmosphère de la Grande Noirceur qui sévissait dans le Québec de l’époque, au cœur d’un territoire qui n’est pas souvent travaillé en littérature..." Marie-France Bornais.

QUELQUES COMMENTAIRES DE LECTEURS

 

"Bonjour,

Je viens de terminer la lecture du tome 1 de La famille du lac. Je l'ai littéralement dévoré en quelques jours.

J'ai été très émue par les descriptions de la nature sauvage, hostile, meurtrière... mais aussi réconfortante et enveloppante parce qu'elle isole du reste des humains celui ou celle qui recherche la paix.

Je suis encore bouleversée par la sensibilité de l'écriture. Il faut aimer vraiment ses personnages pour les peindre ainsi!

Merci pour ce roman!"

M-F. D.

 
"Bonjour, Après  avoir lu un article dans le journal au sujet de la parution de la famille du lac, je l'ai acheté le lendemain... et je l'ai lu en 3 jours... J'ai déjà hâte au tome 2 en juin.Merci pour ce voyage dans le temps!"J.A.

 

 

 

"Bonjour,

Je suis après lire le tome 1 de La famille du lac  - Fabi  très captivant Félicitations! À quand la suite?"


R.V.

Bonjour,
Je suis en train de lire La famille du lac. Bravo pour ton roman ! J'ai trop hâte de lire la suite !
D. B.

Bonjour,


J'ai profité de la tempête pour lire ton dernier roman La famille du lac. Je l'ai dévoré "littérairement". J'espère que la suite sera pour bientôt ! Même très bientôt !

M.B.

Bonjour,
je viens de terminer la lecture du tome 1 et attends avec intérêt le tome 2.  Il est fascinant de lire un roman où les lieux nous sont familiers, même s'il s'agit d'une époque que l'on n'a jamais connue.Bon succès et bien d'autres romans.G. L.

Bonjour Mr Cotes

 

je viens de finir votre livre La famille du lac : une vrai merveille .J'avais prévu de le lire tranquillement en quelques jours mais je l'ai dévoré en quelques heures. Je vous félicite pour votre écriture et ma question est a quand la suite . Encore bravo et bonne continuation!


Bien à  vous 

 

J. L. 

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