Gilles Côtes auteur

         NOUVEAUTÉ 2019- EN LIBRAIRIE !
         dès le 17 avril!

                       Résumé

Ayant repris les rênes de la scierie familiale, Adèle Paradis a fort à faire lorsqu'elle découvre que l'héritage de son père Clément comporte sa large part de périls et d'argent obtenu frauduleusement. Alors que la famille entière est plongée dans l'incertitude et la peur, la jeune femme sombrera-t-elle aussi dans l'illégalité si elle ne réussit pas à obtenir l'aide de Joseph, l'amoureux éconduit qui aurait tant souhaité l'épouser? Saura-t-elle apaiser les élans de son coeur pour l'artiste et sa toile ou le policier trop curieux?

 

Le temps presse. La tension sugmente pour Adèle et sa famille. La jeune femme comprend à quel point il est dangereux de mêler amour et argent au moment où le curé s'immisce un peu trop dans les affaires de ses ouailles et que chacun tente de sauver la scierie (et la réputation de la famille). De nouvelles menaces planent de toutes parts et la poussent à envisager des solutions désespérées... Pourra-t-elle surmonter l'orage de la passion, de violence et de cupidité que la mort de Clément a provoqué?

 

La conclusion palpitante de l'histoire d'une famille déchirée entre les liens du sang et l'odeur de l'argent.

                                                   Extrait

Chapitre 1

 

 

GRANDES-PILES, 14 AOÛT 1925, SCIERIE DES PARADIS, 16 H

 

    -On fait quoi, maintenant, mademoiselle Adèle? demande Conrad,         casquetteà la main.

 

La question est pertinente. Depuis deux jours, elle turlupine, Adèle Paradis. Du matin jusqu’au soir, la jeune femme s’interroge sur la suite des choses. Sa bosse à la tête est un rappel douloureux du désastre qui s’est abattu sur sa famille. La mort subite de son père Clément, la découverte de ses activités illégales, le départ de son frère Cyprien, son propre enlèvement évité de justesse et les liasses d’argent disparues empêchent tout retour à la normalité. Sans compter l’effondrement de Juliette, dont le mari reste introuvable.

     -Mademoiselle? On a fini l’contrat de madriers pour monsieur Joyal, insiste le nain.

 

     -Oui. C’est ben correct. On va le livrer, comme convenu, lundi matin. Tiens, prends ça, c’est ta paie. J’ai ajouté un p’tit bonus. Tu l’as ben mérité.

 

     -Merci. Le bois est dans la charrette, prêt à partir… On fera deux voyages. On a pas le choix, le camion sera pas réparé avant lundi après-midi. Le nouvel essieu est arrivé de Montréal, par le train, à matin. Mais après?

 

Après ? Le supplice de cette question est sans pitié. Le cerveau d’Adèle est embourbé de préoccupations qui s’empilent comme les tas de planches dans la cour à bois. Que faire de la nuit étoilée passée dans les bras d’Émile? Comment oublier cette pause salutaire survenue comme une embellie dans un ciel tourmenté? Le tableau, son audace de se dévoiler devant le regard de l’artiste et l’attente du corps tremblant de désir. Et Joseph, qui lui offre la lune dans ses lettres enflammées, alignant les mots d’amour lui faisant miroiter une vie d’aisance. N’est-ce pas pure inconscience que de ne pas les écouter? Comme il est inconséquent d’être attirée par ce policier au regard franc et troublant. Ce Jean-Paul Charland, surgi de nulle part, dont la seule présence provoque une tempête au creux de son estomac. Le pouvoir de la cicatrice sur sa joue est bien réel. Elle envoûte plus qu’elle n’éloigne. Sinon, comment expliquer ces hommes qui se rapprochent d’elle? Elle en touche les méandres du bout de son index. L’image de sa louve courant dans les bois lui apporte un peu de réconfort. La liberté est possible, malgré les barrières qui nous entourent. Mais qu’on soit femme ou louve, il faudra bien user de cette liberté pour se choisir un destin!

      -Est-ce que ça va? interroge le nain de sa voix la plus douce.

 

   -Non. Mais j’imagine que ça peut s’arranger. Clément aurait trouvé une solution.

 

    -Vot’ père avait confiance en vous… moé aussi, affirme-t-il, en portant un regard attendri sur la jeune femme.

 

    -T’es ben fin, Conrad. Essaye de te reposer, demain, pis dimanche. De mon côté, j’vais réfléchir.

 

     -Vous pouvez compter sur moé.

 

    -J’le sais. Tiens, en partant, tu donneras les paies à Rodrigue et Hubert. J’vais m’occuper d’Arthur.

 

    -Comment y va?

 

    -Y s’ennuie de Cyprien, même si y’était toujours sur son dos. Perdre son père et son frère, coup sur coup, c’est dur à prendre, pis pas juste pour lui.

 

    -Avez-vous des nouvelles de Cyprien?

 

    -Y’est parti à Trois-Rivières. C’est tout c’que j’sais.

 

    -Y va revenir.

 

    -Pour ça, il faudrait qu’on ait de l’ouvrage à y donner. Au train où ça va…

 

    -Laissez-vous pas abattre! Moé, pis les gars, on est là. On vous lâchera pas!

 

Adèle sait que ce petit homme dit vrai. Au fil des ans, le moulin à scie a périclité, mais aucun d’eux n’a jamais menacé de quitter le navire. Au contraire, Rodrigue a risqué gros en suivant Clément sur le chemin de la contrebande d’alcool. Il a opéré les alambics, des nuits entières, au fond des bois, au-delà du marécage. Il aurait pu finir en prison ou être malmené par des bandits sans scrupules. Elle s’en rend compte, maintenant qu’elle s’est frottée à la violence de Stan Courchesne. Quant à Hubert, elle voit bien que l’absence de Cyprien l’affecte. Il accepte difficilement que ce soit Adèle qui dirige. Il n’est pas homme à faire des esclandres, mais ses ronchonnements sont plus fréquents. Nul doute qu’à ses yeux, le legs de Clément est une hérésie et que la rudesse du bois aura raison de la rousse.

Le nain se retire à reculons, comme le faisaient les paysans d’une autre époque devant leurs seigneurs. Adèle referme le registre où elle a inscrit, de sa plus belle écriture, les détails de la production d’une semaine houleuse. Il lui a suffi de quelques lignes, alors qu’il aurait fallu un roman pour en expliquer le contexte.

                          Résumé

En 1925, lorsque Clément Paradis décède et que sa fille Adèle doit décider du sort de la scierie familiale sur la rivière Saint-Maurice, un voile de tranquillité se déchire. Petit à petit, la jeune femme réservée, pleine d’énergie et dévouée découvrira des secrets familiaux qui pèseront lourd sur ses frêles épaules. Cet héritage serait-il un cadeau empoisonné?

Tiraillée entre ses proches ébranlés par les dernières volontés du père et ses amours mouvementées, Adèle devra affronter sa nouvelle réalité: un monde où le pouvoir, l’argent et la violence valsent avec l’amour et où les apparences sont trop souvent trompeuses. Entre le parfum des copeaux de bois et un climat de rivalité certain, crime, fourberie et effluves de passion s’entremêlent dans une série d’événements éprouvants. Les adversaires d’Adèle sauront-ils lui faire plier les genoux?

                        Résumé

Dans ce premier tome, Héléna se remémore son adolescence, en 1940, et particulièrement l’admiration intense qu’elle voue à sa grande soeur Fabi.

Elle aurait tant voulu être comme elle, une femme indépendante, avant-gardiste, farouchement décidée à vivre comme elle l’entend. Cette année-là est également celle de l’explosion nébuleuse d’un barrage sur le lac. Cause naturelle ? Main criminelle ? même si Héléna ne le comprend pas encore, cet incident aura un impact aussi important sur sa famille que sur les activités de la grosse papetière contrôlée par les Anglais. Il semblerait que certains membres du clan Martel aient des choses à cacher…

Une histoire poignante qui nous plonge dans l’atmosphère de la grande noirceur alors que les émotions déboulent au même rythme que les évènements !

La famille du lac, tome 2

 

En cette année 1941, Héléna Martel a quitté le lac Wayagamac et vit maintenant à La Tuque en compagnie de sa mère, Marie-Jeanne. Aussi profite-t-elle de l’absence de sa soeur Fabi, disparue à la suite de l’échec de son acte de vandalisme au barrage du lac, pour se rapprocher du

gérant de l’usine de pâtes et papiers, Matthew Brown.

Héléna est cependant déchirée entre son amour pour le jeune homme et sa fidélité envers sa soeur… Pendant qu’Yvonne émerge de son coma et retrouve le chemin du bonheur jusqu’au pied de l’autel, Francis, revenu de son séjour difficile dans l’armée, devient bijoutier et se perd lentement dans les méandres de la folie. Héléna tentede maintenir à flot le radeau familial en aidant sa mère, son frère et sa soeur, et surtout en protégeant les secrets incriminants de la famille.

En 2002, à la résidence Clair de lune, Huguette, « l’amie fouineuse », poursuit la lecture du manuscrit d’Héléna. Ce qu’elle découvre la laisse perplexe : de toute évidence, Héléna ne recule devant rien pour arriver à ses fins…

Extrait

Chapitre 1

 

LA TUQUE, HIVER 1941


À la fin du mois de février, nous étions au milieu d’une vague de froid intense. Les clous éclataient comme des balles de fusil dans les murs de notre petite maison de la rue Roy. Je me levais deux fois par nuit pour alimenter le poêle à bois. À la pointe de l’aube, je ne pouvais m’empêcher de chercher les brumes du lac Wayagamac. J’écartais les rideaux et frottais du plat de la main le givre sur la fenêtre. La ligne sombre de la forêt avait été remplacée par des maisons alignées et des rues qui s’entrecroisaient. Je devais pencher la tête et appuyer ma joue contre la vitre froide pour apercevoir la chaîne de montagnes qui s’étirait le long de la rivière Saint-Maurice. Je m’imaginais alors à la maison du lac, les yeux rivés sur le paysage gelé, avant que tout bascule. Fabi revenait de la forêt lestée de quatre lièvres raidis qui pendaient à son cou. Ses raquettes soulevaient la neige, qui retombait autour d’elle en une poussière étincelante. Elle ouvrait la porte et son enthousiasme allumait notre journée comme un feu de joie. Pourquoi le Wayagamac nous l’avait-il prise alors qu’elle en était amoureuse ? C’était injuste. Autant pour mon père qui avait préféré tout effacer en s’accrochant au bout d’une corde. Sa mort n’avait réussi qu’à anéantir sa femme, Marie-Jeanne. Déjà que le départ de Francis pour l’armée, le coma dans lequel Yvonne était plongée et la perte de Fabi avaient miné les bases de sa détermination. Ma mère se raccrochait aux gestes du quotidien comme une naufragée à son épave. Elle relisait ses vieux romans, parfois à voix haute, comme si son mari pouvait encore l’écouter.


Nous marinions dans cette atmosphère morose quand Yvonne sortit de son immobilité par un matin glacial. Comme nous n’avions pas le téléphone, c’était ma tante Géraldine qui nous transmettait les nouvelles. Elle s’amenait et son babillage envahissait la maison. Elle enrobait ses informations d’une multitude d’anecdotes dont l’intérêt était parfois douteux. Ce jour-là, les mots giclaient de sa bouche comme des saumons qui s’élancent au pied d’une chute sans pouvoir la franchir. Elle se reprenait de toutes les façons et ses efforts nous comblaient de leur seule existence. Nous aurions pu l’écouter jusqu’à ce que mort s’ensuive. Yvonne nous revenait ! Nous étions heureuses et en plein branle-bas de combat. Marie-Jeanne n’arrêtait pas de pleurer et de rire en même temps, en remerciant la Vierge Marie, chapelet à la main. Je m’habillai en vitesse sans prendre le temps de déjeuner.


Le froid pinçait les joues et la grosse auto de mon oncle ronronnait en crachant un nuage de fumée grise qui empestait l’essence. Géraldine continuait de caqueter comme un oiseau de basse-cour. Elle racontait en boucle le coup de téléphone de l’hôpital, son énervement et sa tasse de café, qui s’était fracassée sur le sol de la cuisine. Son mari tentait d’endiguer l’hémorragie de paroles, mais se faisait rabrouer par ma tante, qui le sommait de nous conduire avec prudence. Paul s’exécuta et nous attendit comme d’habitude dans le hall d’entrée de l’hôpital Saint-Joseph. Il n’aimait pas l’odeur des médicaments qui flottait dans l’air ni la vue des malades progressant à petits pas, drapés dans leur robe de chambre défraîchie. En réalité, il avait une peur bleue d’attraper une infection ou de réveiller un cancer par proximité.


Notre arrivée sur l’étage causa une petite commotion. Trois femmes agglutinées, dont une en pâmoison, avançaient dans le large corridor, poursuivies par une nonne au bras levé. Nous n’avions pas besoin d’indications pour trouver Yvonne. Nous connaissions le chemin par cœur. Marie-Jeanne avait de nouvelles jambes et trottinait près de moi, transportée par la résurrection de sa fille.


J’entrai la première. Le jeune vicaire, dans sa tournée des malades, était penché sur le lit. C’était bien vrai, ma sœur nous regardait d’un fragile sourire. Son visage de lune était plus pâle que les draps, mais ses yeux doux avaient retrouvé un peu d’éclat.


   - Ma p’tite fille ! dit Marie-Jeanne en prenant sans façon la place du vicaire, qui se retira dans un coin.

   - Maman… Héléna… ma tante !

 

Yvonne n’avait jamais eu la voix aussi chétive. Ses yeux étaient cernés et ses traits tirés, mais elle était bien vivante. Elle nous regardait en forçant le sourire. Je l’embrassai et lui serrai le bras amaigri. Je sentais un vent de fraîcheur balayer toutes les heures sombres où j’avais cru que je ne la reverrais jamais.


   - C’t’un vrai miracle ! répétait Marie-Jeanne. J’ai prié pour toé, ma p’tite fille. C’est l’œuvre du Bon Dieu !


Après les effusions d’usage, j’examinai le futur prêtre. Il regardait ma sœur avec un soulagement non feint. Il semblait ému de nos épanchements et ses bras repliés pressaient le crucifix sur sa poitrine. Je m’approchai pour le remercier de son assiduité et de ses prières.


   - C’est gentil d’être passé, monsieur le vicaire.

  - C’est tout naturel. Cela fait partie de mon travail. Les patients ont besoin de réconfort. La maladie est une épreuve. La foi en Dieu permet de la traverser.

   - Oui. C’est émouvant de la voir parler à nouveau.

   - En effet, elle revient de loin.

   - Ça, on peut le dire. Heureusement que ma sœur a une forte constitution.

  - Sans doute, mais Dieu lui est venu en aide. J’en suis persuadé. Yvonne est une bonne chrétienne.

 

Il souriait et son regard exprimait le soulagement. Je savais qu’Yvonne n’était pas la plus assidue à l’église. La qualifier de bonne chrétienne me semblait un brin exagéré.


   - Ça doit pas être toujours facile d’accompagner les malades ?

  - C’est un rôle important. La prière leur donne de l’espoir. Je les connais presque tous. La ville n’est pas  grande. J’ai eu l’occasion de rencontrer votre sœur à quelques reprises. Entre autres pour la fête de votre frère Francis, avant qu’il parte à la guerre.

   - Oui, je m’en souviens. Vous étiez présent avec le curé Caron.

   - En effet. Vous avez des nouvelles de votre frère ?

   - De temps à autre, il nous écrit. On s’inquiète, mais il est toujours en Angleterre. Il va pas très bien. On prie pour lui.

  - Dieu vous entendra. Croyez-moi. Voyez votre sœur. N’empêche que tout cela est bien malheureux.

  - Comme vous dites. C’est triste que le père de l’enfant soit jamais passé voir Yvonne, dis-je sans cacher mon irritation.

  - Il ne faut pas juger trop durement. La vie sur Terre n’est pas toujours aussi simple. C’est pourquoi la foi nous vient en aide. L’important est que votre sœur se remette sur pied. Vous allez devoir m’excuser, il faut que je poursuive ma tournée. D’autres malades m’attendent pour une prière au Seigneur.

  - Bien sûr. Merci pour vos visites, dis-je en lui tendant la main. Sa paume était moite et chaude.

   - C’est gentil d’avoir prié pour elle.

   - Oui, je suis là pour cela… Je repasserai demain. Saluez votre mère et votre tante pour moi.

   - J’y manquerai pas.


Du coin de l’œil, je vis qu’Yvonne tournait la tête dans notre direction. Je la gratifiai d’un sourire, mais son visage ne montrait qu’une fatigue extrême. Il lui était impossible d’échapper au babillage de Géraldine et de ma mère. Je m’approchai pour la serrer à nouveau dans mes bras. Une infirmière vint nous rappeler avec autorité qu’elle était une rescapée épuisée qui aspirait au repos.


C’est avec la gaieté au cœur que nous quittâmes la chambre. La joie de ma tante et de Marie-Jeanne était contagieuse. Je n’avais pas le choix de la partager. Nous pouvions maintenant respirer un peu de ce bonheur que nous avions perdu. Tout en marchant, j’avais l’impression d’avoir oublié quelque chose d’important. Comme un rêve au réveil, cela ne dura qu’un instant.

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